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Je reviens juste quelques secondes sur ce blog abandonné et je repars aussitôt. Mais je voulais juste dire encore une dernière chose simple qui servira peut-être à ceux qu’Alzheimer frappera un jour ; eux ou leurs proches. Dans la vie, les choses essentielles sont invisibles. Certaines maladies aussi. Donc si vous vous cassez la jambe au ski et qu’on vous met un beau plâtre et des béquilles, les gens vous plaindront et vous aideront à traverser la rue parce qu’ils VOIENT les conséquences de l’accident. C’est pourtant un accident banal, minuscule, mais à visibilité surlignée et (à cause des béquilles et du plâtre) à compassion amplifiée. Les gens adorent la grande déploration sur le dérisoire. Mais si c’est surper grave mais que c’est dans le cerveau, personne ne voit rien parce qu’il n’y a rien à voir précisément (sauf, à l’hôpital, l’hypocampe vu en imagerie par résonance magnétique). Et donc on a : invisible = indifférence (ou “circulez, il n’y a rien à voir” !). Et non seulement il n’y a rien à voir mais en plus les gens vous assènent des phrases du genre : “tu sais j’ai trouvé ta mère vraiment très bien…” (évidemment la maladie d’alzheimer ne fait pas pousser des cornes ni surgir d’énormes boutons verts sur les joues). Tout ça pour dire que l’indifférence des gens (en plus de l’égoïsme qui est encore une autre histoire) vient souvent de cette invisibilité ou de cette incapacité à voir ce qui est invisible… J’ai beaucoup expérimenté cette situation et voulais donc la noter ici pour qu’elle serve peut-être un jour à d’autres. Quand un aveugle arrive avec sa canne blanche, il y a beaucoup de gens qui se proposent d’aider à traverser. Quand vous marchez avec une personne qui a alzheimer depuis tellement d’années que vous êtes au bord de l’épuisement et ne tenez pratiquement plus debout, que vous êtes un champ de ruines, détruit comme Dresde sous les bombes, non seulement il n’y a personne pour aider mais, en plus, on vous dit que vous avez bonne mine (ou que votre mère a bonne mine)… Bon, je le dis mal, mais certains comprendront sans doute ce que je voulais dire… Et si vous ne comprenez pas, cela n’a aucune importance. Certains voient l’invisible, d’autres non. Pas grave.

Et il revint vers le renard:
- Adieu, dit-il…
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.
- L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.
- C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
- C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le petit prince, afin de se souvenir.
- Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…
- Je suis responsable de ma rose… répéta le petit prince, afin de se souvenir”.

Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI

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L’IRM cervicale a fait d’immenses progrès
Les ultra rayonnements de détresse qu’entendent les anges
Mes semaines avec alzheimer
L’histoire des deux petites souris
Le poids de ce que l’on porte sur les épaules

Il faut très rapidement que j’apprenne à dézoomer. Ceux qui me connaissent un peu savent que j’aime bien faire exactement l’inverse : agrandir les toiles des Musées avec une loupe à 200% ; ou agrandir les cartes comme un malade avec Google Maps… Mais ces derniers temps, c’est Alzheimer qui a zoomé un peu trop fort dans mon cerveau : il a tout peint en noir et agrandi la tache à 200%. Brrrrr, fait beaucoup trop sombre là dedans maintenant : faut que je dézoome rapidement pour retrouver un peu de blanc et de calme intérieur… Le seul problème avec Alzheimer, c’est qu’il ne vous laisse pas prendre du recul : ce serait trop beau… Et le yin yang il s’en moque comme de sa première chemise ! Bon, enfin bref, ce que je voulais dire c’est que j’allais peut-être essayer, ces prochains temps, de prendre un peu de…. recul. Sur ma vie. Et peut-être aussi sur ce blog… Dézoomer quoi ! Et sans doute l’abandonner. Arrêter d’écrire. Plus rien à dire n’importe comment. La vie est trop dure.

Agrandir à 200%
Agrandir avec Google Maps
Alzheimer peint tout en noir
Mon cerveau ou Dresde après le bombardement : pareil
Les journées avec Alzheimer

On dira ce qu’on veut de la puissance des technologies modernes, moi je continue à penser qu’elles vont beaucoup trop loin et mettent en péril notre vie privée. Par exemple là, je voulais voir ce qui se passait si je tapais mon adresse sur Google Maps. J’ai zoomé sur le quartier, et puis zoomé encore sur la rue et puis encore zoomé … et j’ai presque pu lire le livre que je tenais à la fenêtre ! Alors là je dis stop car trop c’est trop : un outil aussi précis peut même devenir dangereux dans les mains de cinglés.

Les livreurs de pizza vont pouvoir délivrer leurs missiles avec plus de précision
Le bateau in memoriam sur Google Maps

Oui, je sais, c’est complètement idiot. Mais souvent, à cause de ma vue qui baissait, j’ai pensé aux aveugles et à ce qu’ils voyaient et pouvaient imaginer de la Création et de la beauté du monde…
Là c’est juste une pub pour le site Porn for the blind qui permet le téléchargement gratuit, spécialement pour les aveugles, de descriptions audio de séquences de films pornographiques. Assez bizarre tout de même ; mais pourquoi pas ?

Ecrire l’automne en braille

Ichtus

Je passais devant la Conférence des Evêques de France tout à l’heure et je me disais que leur logo était plutôt bien foutu : le poisson, la planète, la croix, le bleu de Marie… Je trouve que pour une fois ils ont été bien inspirés. Sans doute l’Esprit saint…

ΙΧΘΥΣ, ἰχθύς

C’est marrant, tout à l’heure, je marchais dans l’avenue et, tout à coup, pof, il y avait ça devant moi, sous mon nez : mon autoportrait !

soupirail2.jpg

Je n’avais pas vu, à l’époque, cette pub de McCann-Erickson Roumanie pour le Dakino Film Festival d’octobre 2007. Amusant clin d’oeil-cliché à l’inoubliable et immense film d’Hitchcock, “North by Northwest” (”la Mort aux trousses” en français) avec Cary Grant, la belle Eva Marie Saint, James Mason…

Tiens, comme je l’ai en DVD, je vais le regarder ce soir. Je ne m’en lasse pas : ce sera sans doute la trois cent quatre vingt quinzième fois ! (désolé je sais pas où il faut mettre les tirets entre les mots).
Annonceur: DaKino (Dakino Film Festival: Rescue) Agence: McCann-Erickson Roumanie, Directeurs artistiques : Adrian Botan, Alexandru Dumitrescu, Andrei Tripsa, Ionut Pascu, Photographer: Carioca. Original en entier ici.


J’aime bien ce mur… il dit beaucoup de choses je trouve

© Alan Cook, son site

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