C’était un laïc qui avait une confiance totale en un moine d’un monastère de la montagne. Il le consultait en toutes choses et s’en remettait à lui aussi bien pour les affaires d’ici-bas que pour celles de l’au-delà. Ainsi, quand il était souffrant, il montait au monastère solliciter quelque remède pour se soigner. Le moine qui ignorait la médecine lui répondait invariablement : “Buvez une décoction de noeuds de glycines grillés”. Comme sa foi était sans faille, il observait scrupuleusement la prescription et aucun de ses maux ne résista jamais au remède.
Un jour qu’il avait perdu son cheval, il alla demander conseil au moine. Comme toujours, le moine lui répondit : “Buvez une décoction de noeuds de glycines grillés”. Son coeur était trop confiant pour que ces paroles éveillent en lui un soupçon d’impertinence de la part du saint homme. Les glycines aux alentours de sa demeure ayant fini par disparaître au cours des années, il dut aller jusqu’au pied de la montagne pour s’approvisionner et c’est là qu’il aperçut au loin, dans un champ de luzerne à petites fleurs violettes, son cheval égaré. Tel est le pouvoir merveilleux de la foi.”
Ichien Mujû (1226-1312) – Peinture (Ibéria Lebel “Théière et glycine”)