Ce week-end, pour me calmer les nerfs, je recherchais un passage de la Divine Comédie où Dante et Virgile montent l’un après l’autre dans la barque de Phlégyas, le nocher du Styx. C’est dans l’Enfer au au Huitième chant. Pour expliquer que l’ombre de Virgile mort ne pèse plus d’aucun poids, alors que le corps de Dante appartient encore à la pesanteur du monde des vivants, d’autres auraient sans doute utilisé des comparaisons laborieuses. Dante n’a besoin que d’un seul verbe qui, au moment où il entre dans la barque, la fait s’enfoncer dans l’eau:
Mon guide, cependant, descendit dans la barque,
Puis il m’y fit entrer derrière lui ;
Quand j’y fus seulement, elle parut chargée.
Lo duca mio discese ne la barca,
e poi mi fece intrare appresso lui
e sol quand’io fui dentro parve carca.
Je dois être bizarre, mais des textes comme cela, ça me tue littéralement… Je reste carrément scotché à l’image.
Je ne connais pas le poids de Dante, mais vu celui des pensées noires qui s’accumulent dans mon cerveau en ce moment à cause d’alzheimer, je suis certain qu’en y posant le pied, j’aurais carrément fait chavirer la barque et je serais debout sur la quille renversée à agiter un petit mouchoir de détresse. Faut que j’essaye d’être plus léger. Tiens, je vais relire Virgile, ça me fera du bien !