En me promenant tout à l’heure, les trois premières lignes d’un poème de Claude Roy se sont déroulées dans ma tête. J’aime beaucoup Claude Roy et je me rends compte que je me promène de plus en plus… à la lisière du temps…
“Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris des hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur la rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouille de noir et font les doigts collants
On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître sa voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence
Claude Roy, A la lisière du temps
Hôpital de la Pitié
25 août 1983
