
Plus ça va et plus je pense que lorsque les journalistes parlent du Tibet, ils parlent d’un Tibet que les Chinois ont d’ores et déjà détruit. Et que les médias incultes finissent d’achever en le présentant sous sa version Pays des Neiges touristico-folklorique tout juste bonne pour les adeptes de clubs-Med spirituellement branchés et couleur-locale… Ce Tibet de pacotille dont rêvent les fabricants de disneyland planétaires et les organisateurs de villages olympiques avec retransmission en mondiovision n’est pas le vrai Tibet. Le Tibet magnifique, l’immense Tibet spirituel qui force l’admiration du monde entier, il ne faut évidemment pas commencer par lui donner les dimensions minuscules qu’il a sur la carte actuelle (où les Chinois ont déjà tout écrabouillé avec le rouleau compresseur de leur ignorance crasse et de leur bétise militaro-matérialiste. Le Tibet éternel est plus que jamais mental, INTERIEUR… Et ce Tibet là est IMMENSE, disséminé dans des millions de têtes dans le monde entier. Il s’est réfugié à Dharamsala avec le Dalaï-Lama ; il a été emporté dans les coeurs de centaines de lamas qui ont essaimé aux quatre coins du monde pour transmettre les enseignements de Guru Rinpoché. Il a été emporté dans le vent sur le souffle profond des grands maîtres (Dilgo Khyentsé Rinpoché, Kalou Rinpoché, Sogyal Rinpoché (pour ne parler que de ceux que j’ai lus ou rencontré). A l’époque de l’exil, ces grands méditants se sont envolés comme des abeilles pour porter au loin leur chargement de rouleaux sacrés et d’enseignements précieux. Il y a désormais des centres du dharma et des lamas tibétains respectés dans le monde entier. C’est là qu’est le vrai Tibet ; C’est là que brûle encore la flamme de l’immense héritage spirituel du Tibet. C’est ce Tibet INTERIEUR (incomparablement plus vaste que celui qui figure sur la carte chinoise) qui continuera éternellement d’irradier et d’assurer la transmission des enseignements du Bouddha. Les Chinois n’y peuvent plus rien. Parce qu’ils ont déja perdu. En comparaison de cette flamme, celle qu’ils ridiculisent avec leurs policiers olympiques en tenue bleue est déjà pratiquement éteinte !
OM AH HUNG BENZA GURU PEMA SIDDHI HUNG
PS. Chacun aura compris que je n’écris évidemment pas ce post pour dire qu’il faut arrêter le combat et abandonner toute revendication face aux dirigeants chinois. Je dis simplement qu’il faut cesser de parler d’un “petit” Tibet folklorique. C’est un grand Tibet, un immense Tibet spirituel dont j’aimerais que les médias parlent au lieu de nous faire croire à une tête d’épingle qui serait condamnée à s’effacer sur la carte de Chine.
Qu’ils commencent déjà par rendre le Tibet
J’ai honte ça se dit comment en chinois ?
Post scriptum : Laurent me signale cette phrase lue dans l’Asian Times :
“Dans un discours l’année dernière, Zhang Qingli, le Secrétaire du Parti de la Région Autonome du Tibet a été jusqu’à dire que “Le comité central du parti communiste est le vrai bouddha des tibétains !” (sic)
Rappelons que Beijing a également annoncé récemment que le Parti Communiste était la seule autorité pouvant approuver les réincarnations, le processus divin par lequel un enfant est choisi comme bouddha vivant… (resic)
Quand je pense qu’ils ont le toupet de dire que le Tibet est “autonome”, la Corée “démocratique” et la Chine “populaire”. Bon ….
Quand la force “extérieure” ne peut plus grand chose … il reste l’esprit.
Joli billet monsieur.
Attila ;-)
C’est bizarre! D’habitude tu enrages contre des miettes (les fonctionnaires) ou tu t’émerveilles sur une branche de lilas.
Mais là, tu nous ouvres des perspectives immenses, un espoir colossal: les bouddhistes tibétains seraient en train de diffuser leur sagesse aux quatre coins de la planète, au lieu de se lancer dans une guérilla improbable, sur le haut plateau, contre le fascisme jaune-rouge!
Bravo pour ton souffle visionnaire si bien rédigé.
Rinpocheud
Il me semble très utile de rappeler que le Tibet n’est pas le petit territoire administratif désigné comme tel (en réalité, il comprend les provinces du Qinghai, du Gansu, la partie ouest du Sichuan et une partie nord-ouest du Yunnan, soit approximativement le quart de la République populaire de Chine – excusez du peu). Quant aux Tibétains, ils sont approximativement 5 millions, et ils revendiquent eux-mêmes le droit de vivre sur leur territoire, dans leur langue et leur culture.
Critiquer ce qui se passe au Tibet est nécessaire, mais c’est surtout informer et convaincre les personnes ne connaissant pas la situation qui est utile. La rage et la colère à la vue de ces violences et de cette oppression, sans parler de la désinformation complète et de la mauvaise foi des autorités chinoises… qui trouvent un écho dans la lâcheté de nombre de s dirigeants occidentaux, oui, cela fait mal et donne envie de crier. Mais, il vaut mieux essayer de convaincre : que les Tibétains puissent vivre en paix dans leur culture et leur spiritualité… chez eux !
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Switchie2 : je n’ai pas dit le contraire Emmanuel :-) Je disais simplement que ces revendications seraient sans doute mieux portées si les médias se décidaient enfin à parler de l’immensité de la diaspora spirituelle. C’est comme si, à propos du christianisme, les médias ne parlaient pas des milliards de croyants et se contentaient de parler de la taille de la place Saint-Pierre à Rome. Je continue à croire que c’est la force et le rayonnement spirituel du Tibet intérieur qui peut soulever les montagnes du côté de l’Himalaya :-) Sinon vous avez tout à fait raison et je me suis comme toujours mal exprimé :-)
Bon, et bien, comme d’habitude je suis à la fois totalement en accord avec ton propos, et totalement charmé par l’élégance avec laquelle tu l’exposes.
Très belle note pour vous découvrir. Honnêtement je ne savais pas que le Tibet “intérieur” était aussi vaste, partout dans le monde.
Le Time magazine du 31 mars a publie un très bon article de Pico Iyer, en couverture, sur le Tibet (pour prendre un peu la defense des medias…)
Il parle notamment de l’importance pour les Tibétains de garder leur culture tout en s’ouvrant au monde. Par exemple, il cite les jeunes tibétains en exile, qui, jusqu’à l’âge de 10, ont leurs lessons en tibétain, pour avoir conscience de leurs racines, et après cela en anglais, pour pouvoir être connectés avec le reste du monde. Je trouve cela très judicieux.
L’article en conclusion rejoint ce que tu dis. Je cite:
“The calm scientist in monk robes, however, with his habit of looking at the deeper causes beneath every surface, will surely keep noting that the only revolution that lasts and that can truly help us toward a better world is the one that begins inside.“