Les nazis, le banc et la vieille mère de Stefan Zweig…
avril 14, 2008 par switchie

Je suis en train de relire Stefan Zweig, qui avait laissé sa mère à Vienne où elle finissait ses jours dans une presque heureuse inconscience, et qui, à propos des mesures prises par les nazis, note ce détail terrible :
“Une des premières mesures prises à Vienne lui avait porté un coup très sensible : avec ses quatre-vingt quatre ans, elle avait déjà les jambes faibles, et quand elle faisait sa petite promenade quotidienne, elle avait coutume, après cinq ou dix minutes de marche pénible, de se reposer sur un banc du Ring ou du parc. Hitler n’était pas depuis huit jours maître de la ville qu’on prit un arrêté bestial interdisant aux Juifs de s’asseoir sur un banc - une des mesures qui visiblement n’avaient été inventées que dans le dessein sadique de tourmenter perfidement”.
Cela me serre littéralement la gorge…
Post scriptum : Je profite de cette citation pour redire l’indignité des mesures anti-juives prises, dès 1940, en France par le gouvernement de Vichy himself. Souvent en effet on montre du doigt le régime nazi et on parle des gares d’Auschwitz, Birkenau etc… Mais quand il y a une gare d’arrivée c’est bien qu’il y a aussi une gare de départ ! Gare de départ où ce sont bien la police et la gendarmerie française qui ont fait la sale besogne en se couvrant de honte. Donc qu’on ne me parle pas des gares d’arrivées sans me parler des gares de départ comme Drancy où on les a emmenés. Et si vous vous demandez, comme moi, pourquoi les agents de police en tenue portent la fourragère rouge à l’épaule gauche les jours de cérémonie ? eh bien la réponse c’est parce que la Préfecture de Police a été, à la Libération, décorée de la légion d’honneur pour … fait de résistance. Personne n’oublie heureusement que c’est elle qui a été chargée de la lutte contre la Résistance, du recensement méthodique des Juifs (fichier Tulard) et de l’organisation des rafles, dont la rafle du Vel’d'hiv des 16 et 17 juillet 1942. Sinistre mémoire. On a l’âme qui se glace.
Pourvu que la mémoire ne se glace jamais…
Penser à ces policiers français qui poussaient les juifs dans les trains donne envie de vomir, tu as raison.