
A l’époque il n’y avait presque personne, aujourd’hui même le Jardin du Luxembourg est plein à craquer. Mais c’est un phénomène général : il y a TROP de tout. Trop de gens dans les rues et aux terrasses des cafés, trop de touristes en shorts, trop de livres dans les librairies, trop de voitures, trop de journaux dans les kiosques, trop d’armes dans les mains de trop d’enfants, trop de gens mal élevés, trop de gens qui crèvent de faim, trop de morts dans tous les pays, trop de lisier breton, trop de bétise crasse dans les médias, trop d’égoïsme, trop de tours dans les quartiers, trop de régimes pourris de part le monde, trop de pollution, trop de fanatiques, trop de paperasse, trop de béton, trop de gens qui lisent les revues people, trop de vieux abandonnés, trop d’Etat, trop d’inculture, trop de produits dans les supermarchés, trop de pigeons, de lassitude, d’anxiété, d’incertitude… [etc, vous avez compris].
Et à côté de ça, PAS ASSEZ de beaucoup trop de choses qui manquent : de moineaux, de papillons, d’air pur, de gentillesse, de douceur, de baleines, de poissons, de sauterelles, d’humilité, de hannetons, d’abeilles, d’arbres, d’enfants, d’étoiles visibles, d’emplois, de joie, de paix, de lucidité, de force d’âme, de possessions immatérielles, d’élévation morale, d’harmonie, d’humanité, de réalisations spirituelles, d’espérance, de générosité … [etc, etc, etc, j'abrège car vous voyez bien où je veux en venir...].
Il faudrait se dépêcher d’inverser les mouvements pour qu’il y ait PLUS de pas assez (beaucoup plus) ; et MOINS de beaucoup trop (beaucoup moins) ! Mais on n’en prend pas le chemin : il n’y a que pendant la guerre – hélas – que les gens se résignent à une plus grande austérité. Mais renoncer à leur voiture avant que le système n’explose, ça non, ils ne le veulent pas. Ils préfèrent que tout explose plutôt que de renoncer à leur société de consommation. Et quand ils devront bouffer des rutabagas et des topinambours, ils se plaindront encore de ne pas avoir de vinaigrette ! Pathétik !
“Trop de bombes atomiques pas assez de logements, trop de centrales nucléaires, pas assez d’universités, à qui la faute ?” interroge FDC. Par delà les spécificités françaises, ce mal du “toujours plus” dans le mauvais sens me semble universel et même très ancien.
Déjà au commencement, dans le jardin d’éden, Dieu donna à Adam et Ève le droit de manger de tous les fruits des arbres du jardin sauf un. Le serpent suggéra aux deux de ne pas se contenter de ce qu’ils ont mais de manger du fruit défendu de la “connaissance du bien et du mal” avec cette promesse “vous serez comme des dieux”.
Nous avons été piégés jusqu’à aujourd’hui !
Et chacun sait qu’un “dieu” ne peut supporter aucune limite
ni que Dieu lui dise ce qui est “bien” ou “mal”.