“Toutefois je vous assure” …. etc
mai 11, 2008 par switchie

Hier au Luxembourg, je relisais des textes de Nikos Kazantzaki qui me bouleversent toujours tellement ils sont beaux… Et je suis tombé sur un passage où, à la fin des années 1920, il visite la Russie communiste en compagnie de Panaït Istrati. Après Kiev et Leningrad, il arrive à Vladivostok et raconte qu’il avait convenu avec ses correspondants que, dans ses lettres, toute phrase commençant par “toutefois je vous assure” avait le sens exactement contraire à ce qu’elle exprimait. C’est ainsi qu’il écrit : “Toutefois je vous assure qu’il y a ici une grande profusion de thé, de beurre, de tout ce qu’on désire et surtout le pain ! Je vous assure aussi que si je pouvais, j’y resterai à jamais”… J’adore ce code destiné à déjouer la censure !
Vous je ne sais pas, mais moi, de plus en plus, quand j’écoute les nouvelles à la radio, j’ai l’impression d’entendre cette formule qui fait ding à mon oreille et, comme une petite clochette, met mon cerveau en éveil. Quand j’entends les journalistes ou les hommes politiques dire : “Et c’est la raison pour laquelle il a été décidé”…. ou “Ecoutez, je puis vous assurer que ….” je pense à la formule de Nikos Kazantzaki à Vladivostok et je ne crois plus un traître mot de ce qui vient après ! Peut-être je ne suis pas le seul : hier j’ai entendu cette blague : 100 journalistes sont dans un bateau ; le bateau coule. Que reste-t-il ? Un immense espoir ! Je ne sais plus si le mot exact était “journalistes” ou “ministres”…
Nikos Kazantzaki sur les rives du Dniepr en 1928 en compagnie de Panaït Istrati et Bilili.
Un texte de Kzantzaki que je trouve renversant de beauté
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange