
Je lisais ce soir ce magnifique texte de C.F. Ramuz :
“Il y a des hommes qui parlent et il y a des hommes silencieux.
Les hommes silencieux copient les hommes qui parlent quand il leur arrive de parler.
Ils n’ont pas l’habitude de parler ; ils se servent pour s’exprimer de phrases toutes faites.
En gros, et pour simplifier, il y a les hommes de la ville et les hommes de la campagne : ceux qui expriment des idées qu’ils n’ont pas, ceux qui n’expriment pas les idées qu’ils ont.
Ceux qu’on ne peut pas ne pas entendre et qu’on voudrait bien ne plus entendre ; ceux qu’on voudrait entendre et qu’on n’entend jamais.
Tant d’hommes épars dans les champs, dans les vignes, et superposés sur les terrasses qui dominent le lac, dont on dit justement qu’ils ne pensent pas, parce qu’ils restent silencieux, - ceux que j’aime, et qui portent peut-être en eux une conception du monde et sont par là secrets ; ceux qui ne sont pas retenus seulement par une difficulté qu’ont ont, mais par une pudeur qu’on devine, et grandis par elle ; car ils ne peuvent pas cacher quand même le mépris qu’ils ont pour les “beaux parleurs”.
Ceux qui vivent dans la nature, et qui se sentent ainsi à chaque instant “dépassés” et dépassés par elle en tout sens, dans ses dimensions, dans son mystère, dans sa toute-puissance, mais par là augmentés et anoblis.
Ce qui les condamne au silence, ce n’est peut-être pas leur pauvreté, mais leur richesse même ; ils ont appris de la nature à se taire, de sorte qu’il faut les deviner ou qu’ils faut les inventer” ; [...]
C.F. Ramuz
Besoin de Grandeur
Coll. Les Amis de Ramuz
Je dois avoir l’âme Suisse…
Si on écoutait les sourds muets
Les hommes qui mesurent leur vie en matins